INQUIETANT, ALEATOIRE,
S’OUVRE AINSI LE GRAND MATIN
Ahnungsgrauend, todesmutig
Bricht der grosse Morgen an
Theodor Körner
au matin de la bataille de Dannenberg,
le 12 mai 1813
1. Inquiétant, aléatoire, 8f
S’ouvre ainsi le grand matin ; 7
Le soleil, prémonitoire, 8f
Luit sur nos sanglants destins. 7
Bientôt, dans une heure à peine, 8f
Tout un monde aura sa fin : 7
Déjà roulent dans l’arène 8f
Les dés qu’on a jetés loin ! 7
Frères, l’heure sonne et vous exhorte 11f
A la grande alliance sainte et forte : 11f
Fidèles, vivants, morts, jusqu’à la fin ! 10
2. Le passé et ses détresses,
Notre honte, sont passés.
Le mépris et l’orgueil cessent
De ces reîtres étrangers
Qui dépréciaient notre langue,
A nos temples s’attaquaient,
Traînaient dans la boue, la fange,
L’honneur allemand défait.
Frères, tendez les mains pour la vengeance,
Malédiction soit sur cette engeance :
Le noir manteau de la guerre est prêt !
3. Devant nous, c’est l’espérance,
L’avenir et l’âge d’or,
Un ciel clair, la délivrance :
Liberté, fleuris encor !
Arts, chants allemands, cantiques,
Douces femmes de l’amour,
Tout revient, et magnifique,
La beauté de chaque jour.
Mais il faudra une grande audace,
La vie et le sang pour vaincre la place :
Seule la mort rend libre pour toujours.
4. Qu’avec Dieu, ainsi l’on ose
Entrer dans son vrai destin,
A l’autel porter sa cause
Aller à la mort enfin.
O Patrie, pour toi qu’on meure,
Comme tu l’as ordonné !
Ce que nos armes délivrent
Sera pour nos héritiers
Pousse, monte, liberté allemande,
Arbre, pousse ! la partie demande
Nos cœurs et nos cadavres, nos serments !
5. Tourne les yeux et regarde
Ta bien-aimée, sous le ciel.
Toi qui pars, à toi prends garde
Du sud vient le vent mortel.
Si ton oeil devient plus trouble
D’une larme de souci,
Lance lui un baiser double,
Remets à Dieu ton esprit.
Chaque lèvre, d’où monte une prière,
Chaque vie, qui sera jetée à terre,
Garde-les, Dieu Maître, par ton Esprit !
6. Et maintenant, à la bataille !
Levez-vous, les cœurs, les yeux ;
Que le terrestre s’en aille,
Que pour nous s’ouvrent les cieux.
Allemands, devenez frères,
Devenez tous des héros,
Cœurs fidèles, sur la terre
Donnez-vous le dernier mot.
Ecoutez ! déjà gronde le tonnerre :
Frères, en avant, entrez dans la guerre,
Rendez-vous, mes amis, au ciel, là-haut !
Texte Ahnungsrauend, todesmutig
Bundeslied vor der Schlacht
Theodor Körner
(1791 Dresden – 26.8. 1813 à la bataille
de Gadebusch, Mecklenburg )
dans Theodor Echtermeyer
Auswahl deutscher Gedichte
für höhere Schulen
Halle 1903, Seite 499
fr. : Yves Kéler, 27.7.2010
Draguignan