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WURTEMBERG, (Christian Friedrich) Alexander, Graf von (Comte de), fils du duc Wilhelm (de Würtenberg), né le 5 novembre 1801 à Copenhague (Danemark), vécut comme colonel à Stuttgart (Würtemberg), Vienne et Esslingen (Würt.), décédé le 7 juillet 1844 à Wildbad (Würt.).

Texte original

       Der alte Soldat

1. Ich steh allein in dieser Welt
    Als wie ein Fels im Meere;
    Ich habe weder Gut noch Geld,
    Hab nichts als meine Ehre.

2. Sturmvögel wild im luft’gen Kreis
    Das Felsenhaupt umschweben,
    Und Sturmgedanken, mich den Greis,
    Verfolgen durch das Leben.

3. Zum Angriff hört’ in mancher Schlacht
    Ich die Trompete schmettern
    Und war in dichter Pulvernacht
    Umzuckt von tausend Wettern.

4. Den Felsen trifft der Wetterstrahl,
    Der Fels bleibt unerschüttert.
    Mich traf die Kugel ohne Wahl,
    Ich habe nicht gezittert.

5. Besitze weder Weib noch Kind,
    Die Kameraden starben,
    Und meine einz’ge Freunde sind
    Mir meine tiefen Narben.

6. Verscheucht den Schlaf um Mitternacht
    Das Brennen tiefer Wunden,
    Dann denk ich froh an manche Schlacht
    An hohe Siegesstunden.

7. Und hätt’ ich die Erinn’rung nicht
    Von jenen grossen Tagen,
    So könnt ich auch den Frieden nicht,
    Den lästigen, ertragen.

Le texte

        Le poème fait référence à des façons de combattre du début du XIX e Siècle. 

Str. 1.        « Ich steh allein in dieser Welt – je suis seul dans ce monde“ : la solitude des vieux soldats, sans famille, dont les vieux et les collatéraux  sont morts, et qui n’ont pas de descendants, dont les camarades sont morts, a entraîné la création d’hospices pour vieux soldats, surtout les infirmes, tel l’hôtel des Invalides à Paris. De tels hospices ont été créés depuis longtemps, à Venise : l’hospice des Albanais, en Angleterre, en Prusse.  Beaucoup de ces hommes, partis jeunes, restaient célibataires, et ne connaissaient que les prostituées, parfois vivaient en concubinage. Leur sort rappelle celui des curés catholiques, dont la famille disparaît alors qu’eux-mêmes n’ont pas pu en fonder une, et qui se retrouvent dans des hospices de prêtres, dans lesquels la vie n’est pas toujours facile. 

Str 3.     « Zum Angriff …die Trompete –pour l’attaque…la trompette » : la charge, ou la retraite, étaient sonnées par la trompette, dont le son traversait le bruit des combats. L’usage des sonneries et roulements de tambours était codifié, permettant à chacun de comprendre le message. Les fantassins avançaient au son du tambour, les cavaliers à celui de la trompette. 

                « In tiefer Pulvernacht   Umzuckt von tausend Wettern – dans une profonde nuit de poudre  Entouré de mille tonnerres (ou éclairs) » :  Les canons tiraient, selon le cas, un coup par minute ou par 2 ou 3 minutes. Selon le nombre des canons, par exemple 100, cela faisait plus de cent tirs par minutes. D’où un fort dégagement de fumée de poudre, qui rendait l’air irrespirable et l’assombrissait. Les « Wettern » sont trois choses : l’orage, ou le tonnerre ou les éclairs, de fait les trois ensemble. Le mot est difficile à traduire en français.

Str 4.     « Mich traf die Kugel ohne Wahl – la balle qui ne choisit pas m’a touché » :  Les balles en ce temps étaient tirées par des fusils au canon non rayé. Leur précision était réduite, et à cent mètres, lors des attaques, on tirait « dans le tas », sans viser particulièrement quelqu’un. La balle atteignait qui elle voulait, sans qu’on pût choisir précisément sa cible. Les carrés de fantassins en particulier avançaient compacts, chaque salve abattait un certain nombre de gens, c’était une funèbre loterie. On reformait les rangs et l’avance continuait. Les soldats du premier rang étaient appelés « les enfants perdus », car peu en réchappaient après 8, 10 ou plus de salves de l’ennemi.

        L’autre destruction des rangs provenait de l’artillerie. Alors que les balles agissaient en largeur, sur tout l’étendue du front des troupes, avec le canon la pénétration était en profondeur, un boulet pouvant tuer jusqu’à dix hommes les uns derrière les autres. Là aussi, on resserrait les rangs après chaque « fauche ». Dans notre poème l’artillerie n’est pas évoquée.

Str. 6.      « Das Brennen tiefer Wunden – la brûlure des plaies profondes » : en ces temps, on disposait de peu d’analgésiques, et la plainte des souffrances occasionnées par les blessures aux vieux soldats est un leit-motiv récurrent. De plus, les techniques opératoires souvent sommaires, en matière de couture des chairs entre autres, entraînaient des tensions dans les cicatrices, qu’on a depuis beaucoup atténuées. Napoléon a été un des premiers à chercher des solutions à ces problèmes, en créant le service de santé des armées, composé de médecins remarquables, qui sauvèrent des milliers de gens.